Quand j’étais petit, mon père nous a emmené faire un grand voyage en Grèce…
À Athènes, on est passé par une librairie française, où j’héritais d’un bouquin de Pierre Grimal qui racontait l’Iliade et l’Odyssée. J’ai adoré. Et c’est toujours de cette découverte de l’univers de la Mythologie grecque, des amours et guerres des dieux de l’Olympe, et toute cette pléiade d’histoires qui s’enchevêtrent et se complètent à travers les légendes et les mythes pour construire une épopée fantastique, que j’ai daté mon gout pour l’histoire.
Ça peut paraître paradoxale de faire naitre un gout pour la science historique dans un univers qui est par définition celui de l’imaginaire et du fantastique. Ben oui, je sais… Mais je sais aussi que toute légende, tout mythe prend sa source dans la réalité, une réalité qui a été vécue et que la mémoire des hommes a transformé peu à peu, en l’adaptant aux connaissances et non-connaissances de chaque époque, ainsi qu’aux croyances et religions dominantes.

Donc j’aime la mythologie, et bien sûr la Guerre de Troie, dont une (toute petite) partie est racontée par Homère dans son Iliade.

Petit résumé sans prétention : en gros, Paris, le fils du roi de la ville de Troie Priam, est abusé par la déesse Aphrodite qui lui fait croire qu’il peut « ravir » la femme du roi des Grecs Agamemnon. Évidement ça ne plait pas trop au dit-roi qui ameute tous ses potes rois de Grèce (Nestor, Ulysse, Achille…) et commence ainsi le siège de Troie. Manque de bol, la ville est réputée « imprenable » parce que ses murailles ont été faites par des Dieux… Et les Dieux de l’Olympe se divisent aussi en soutenant chacun les deux camps : Poséidon va soutenir les Troyens, par exemple, ce qui explique qu’Ulysse connaîtra quelques problèmes pour retrouver son chemin après avoir permis aux Grecs la victoire gràce à sa ruse du Cheval de bois…

Bon…

Bon, c’est un résumé, mais vous connaissez déjà l’histoire par cœur… Le siège qui dure dix ans, la colère d’Achille et son duel sous les remparts de Trois avec Hector, la ruse du perfide Ulysse et son Odyssée de dix ans pour revenir auprès de sa Pénélope qui l’a attendu malgré les prétendants qu’il zigouille alors avec son arc (un cadeau d’Héraclès, en passant).

L’histoire de la guerre de Troie est parsemée d’interventions divines qui font pencher le cours de la guerre ou du siège dans un sens ou dans un autre. C’est magique… « Fantasy ».

David Gemmel a repris toute cette histoire dans son Troie (trois tomes) : à travers quelques uns de ses protagonistes, Ulysse, Priam, Hélène, il nous raconte sa vision de l’histoire mais en ayant retiré toute intervention divine. Au contraire, s’appuyant sur ce que la science historique nous fait connaître de l’époque, c’est à dire peu de choses mais quand même, il nous livre ce qui a donc pu se passer pour les hommes de l’époque.

La couverture du bouquin de Pierre Grimal.

La Grèce de l’époque : des petites citées avec autant de rois qui ressemblaient plus à nos seigneurs de l’époque médiévale, à la fois rois et marchands, pécheurs voire pirates à l’occasion, comme Ulysse, roi de l’île d’Itaque, réputé pour son esprit et aimé pour son grand talent de conteur. Le soir, Ulysse captive ses hommes en leur inventant des histoires et des mythes qu’il construit à partir de ses aventures, avant de repartir le lendemain à la pèche…
Agamemnon, lui, est un roi un peu plus puissant qui profite de son influence pour entrainer ses alliés dans une guerre contre Priam dont la ville est une rivale économique. Et Hélène n’est ici qu’un pur prétexte.
Quand à Achille, c’est un guerrier, un combattant redouté certes, mais qui n’a aucun pouvoir magique (dans le mythe il est un demi-dieu invincible car sa déesse de mère l’a plongé enfant dans le Styx en le tenant par le talon, seul endroit de son corps resté sensible – que Paris ne loupera pas d’ailleurs).

On ne retrouve pas forcément tous les détails et les méandres des mythes liés à la guerre de Troie, mais l’auteur nous donne le plaisir de se dire : « ça a pu se passer comme ça » . La ruse du cheval de bois (dans le mythe, Ulysse a l’idée de faire croire que les Grecs décident d’abandonner le siège en laissant comme offrande à Poséidon un immense cheval de bois que les Troyens font alors rentrer dans leurs murs. Le cheval est rempli de guerriers grecs qui peuvent ainsi investir la ville et ouvrir ses portes la nuit suivante…) devient alors une autre ruse, plus à l’échelle humaine. Ainsi dans le livre la troupe d’élite de Troie s’appelle « Cheval de Troie », parce que composée de cavaliers. Les Grecs réussissent à se procurer les blasons de cette armée et ainsi à passer la porte de la ville. C’est « presque » la ruse mythique d’Ulysse (d’ailleurs dans le livre c’est aussi son idée) mais à une autre échelle. Et on imagine facilement que la tradition orale de ce souvenir a pu créer le mythe raconté dans l’Iliade.

Et c’est justement ça qui m’a plu dans ce bouquin : on part d’un mythe qu’on connaît, d’une ou plusieurs séries d’histoires avec des dieux et des demi-dieux, qu’on a toujours considéré comme faisant partie de l’imaginaire, et David Gemmel nous montre que cet imaginaire peut avoir une source, une réalité initiale avec des vrais humains, de vraies aventures humaines, plus sanglantes, moins « magiques » mais plus proche de nous.
Du coup Ulysse, Hector et les autres prennent vie et nous paraissent plus proches de nous, car endurent les mêmes souffrances, éprouvent les mêmes sentiments, plus ou moins nobles d’ailleurs.

Si vous aimez ou avez aimé les contes et légendes du monde grec et barbare, laissez-vous tenter!

Comme Robert Merle dans sa fresque Fortune de France, David Gemmel à rajouté des personnages sortis de sa propre imagination, ce qui lui permet de les faire évoluer entre les deux camps sans aller à l’encontre de l’histoire telle qu’elle est connue. Mais ça n’enlève rien.

Le récit est épique, avec des passages parfois violents qui rendent compte aussi de la violence de cette époque de bronze. Les revirements sont nombreux et les trois tomes s’avalent et se dégustent avec appétit.

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